Don d’ovocytes et de vie
Il y a un an, Ophélie m’a parlé de son projet de don d’ovocytes. Une multitude de questions se posent alors a moi. Je lui propose de photographier ce processus altruiste au service de la vie pour le faire davantage connaitre et susciter intérêt et engagement. Je suis également père et soignant dans l’univers de la naissance, de la périnatalité et ce sujet résonne aussi en moi. Depuis plusieurs années je réalise des reportages immersifs dans des maternités et je rencontre parfois des couples qui ont eu recours a ces dons. Je réalise qu’en étant moi même soignant, je ne connais pas vraiment le déroulement et la temporalité d’un tel geste. Pour moi un reportage photo pour illustrer un don d’ovocytes n’est pas juste une question d’illustrations. C’est rendre visible une réalité souvent méconnue, empreinte de sensibilité et parfois entourée de tabous. Le don d’ovocytes peut sembler abstrait ou technique, mais c’est aussi et surtout une aventure humaine, entre des donneuses, des soignants et des familles concernées. Le don de sang est connu, le don de moelle osseuse un peu moins et le don de gamètes est « discret ». En France, le délai d’attente moyen pour recevoir un don d’ovocytes est d’environ 24 mois. Il faut en parler et communiquer dessus pour susciter de nouveaux dons et permettre a des couples de devenir parents.

















Voici le retour d’Ophélie : « Depuis toute petite, j’ai toujours aimé prendre soin des autres, aider, donner de mon temps et de mon énergie. Et très tôt, j’ai su que je voulais être maman. J’ai vécu mes grossesses, mes accouchements et mes débuts de maternité comme une évidence… comme si j’étais exactement à ma place. Autour de moi, certains proches traversaient des parcours difficiles pour avoir un enfant. J’ai partagé leurs espoirs, leurs peines, sans pouvoir réellement agir. C’est là que le don d’ovocytes a pris tout son sens pour moi : une façon concrète d’aider, de tendre la main, de permettre à d’autres de devenir une famille… et de vivre, à leur tour, ce bonheur immense. Aujourd’hui, le don n’est plus anonyme, et j’avoue garder au fond de moi ce petit espoir qu’un jour, quelqu’un me contacte pour me dire : “je suis né grâce à toi”. Ce serait la plus belle récompense face à tout ce protocole de soin. Parce que derrière ce geste, il y a aussi un parcours : les traitements, les hormones, la rigueur des injections quotidiennes, les aller-retour pour les examens, un passage au bloc… Ce n’est pas rien. Mais ça en vaut profondément la peine. J’ai pu donner 12 ovocytes. Et aujourd’hui, je croise fort les doigts pour que quelque part, des couples puissent entendre les petits battements de cœur in utero qui chamboulent toute une vie. »